Gratifié du label « Entreprise du Patrimoine Vivant », le fabricant franc-comtois d’ustensiles de cuisson haut-de-gamme peaufine sans cesse sa recette pour continuer de tenir son rang auprès des amoureux de la cuisine. Il veille à combiner la préservation des savoir-faire avec un savant dosage d’innovations pour tracer un avenir où l’international a toute sa place, comme le détaille Damien Dodane, son directeur général délégué.

L’année 2026 constitue une double date symbolique pour Cristel : c’est à la fois votre 200ème anniversaire et l’achèvement de quatre décennies passées sous la direction de votre famille. Avez-vous prévu de célébrer un tel passé ?

Nous avons choisi de mettre à profit l’événement que représente le bicentenaire de notre usine pour valoriser notre savoir-faire au travers de différentes manifestations cette année, d’autant que nous continuons d’écrire sa riche histoire. Ainsi, après avoir fait partie de l’empire industriel Japy, notamment célèbre pour avoir conçu et fabriqué la première casserole emboutie au monde, elle fut reprise en 1983 dans le cadre d’une SCOP baptisée Cristel et créée par les ouvriers qui ne retrouvaient pas de travail, étant donné que ce groupe avait périclité à la fin des années 1970. 

C’est à partir de ce moment-là que mes parents ont apporté leur pierre à l’édifice : sollicitée par les pouvoirs publics, soucieux de trouver ultérieurement un repreneur ou un investisseur, ma mère est d’abord venue un jour par semaine pour leur apporter des notions de gestion, une matière qu’elle enseignait, avant que mon père – disposant d’une formation de dessinateur industriel – ne vienne ajouter sa touche créative dans le projet de relance qui se dessinait. Au final, en 1986, ils ont tous les deux formalisé une offre de reprise en compagnie des ouvriers et d’une poignée d’amis. C’est ainsi que Cristel est devenu une entreprise familiale dotée d’un riche passé, où coexistent actuellement trois générations.

De quelle façon avez-vous réussi à tracer ce parcours d’entreprise ?

Plusieurs étapes importantes ont jalonné ces quatre dernières décennies. La première d’entre elles fut la création par mon père, Paul Dodane, du concept de casseroles avec poignées amovibles. Cette invention a déclenché un véritable élan d’intérêt pour notre marque. Une deuxième date importante fut l’année 1991, où nous avons été les premiers à créer des casseroles en inox compatibles avec les plaques à induction… car mon père avait eu l’intuition que ce mode de cuisson allait gagner en importance, alors qu’il ne pouvait fonctionner avec les ustensiles en inox 18/10, traditionnellement utilisé.

Cette même année, nous avons rencontré notre distributeur japonais, ce qui constitue un autre jalon dans notre histoire puisque ce marché, toujours important pour notre développement à l’heure actuelle, nous a conduits à pousser encore plus loin nos critères de qualité. Cette rencontre nous a permis « d’ouvrir nos chakras » sur l’international, nous avons fait en sorte d’intégrer cet axe de développement, au point d’enregistrer aujourd’hui 25 % de notre chiffre d’affaires à l’export en travaillant dans une cinquantaine de pays dans le monde.

Pour l’avenir, nous avons l’intention de continuer de pousser nos pions à l’international, tout en nous déployant auprès des professionnels de la cuisine, qui ont identifié l’adéquation de nos produits avec leurs exigences. Le tout en maintenant une production haut-de-gamme, qui nous permet en particulier de nous différencier d’une concurrence internationale plutôt adepte du low cost.
 

En suivant ces axes de développement, votre objectif est-il de devenir une ETI ?

Ce n’est pas une fin en soi, mais c’est totalement en phase avec la croissance que nous affichons… au détail près que nos investissements doivent toujours permettre de répondre à la demande du marché en poursuivant notre stratégie de qualité. Grâce à nos 125 salariés, notre chiffre d’affaires s’est établi à 33 millions d’euros, en 2025, et nous avons l’intention d’aller encore plus loin. C’est notamment la raison pour laquelle nous investissons aujourd’hui dans la création une deuxième ligne de production, juste en face de notre usine, dans des locaux construits eux aussi en 1826, à la faveur d’un investissement de 12 millions d’euros sur trois ans. Cela permet de faire revivre une histoire qui s’était brutalement interrompue en 1979 et motive nos collaborateurs. Cela donne aussi du sens à notre projet… particulièrement enthousiasmant, même si cela coûte plus cher de réhabiliter un vieux bâtiment que d’en construire un neuf. 

Et c’est cohérent avec le fait que Cristel est gratifié du label « Entreprise du Patrimoine Vivant »…

Il y a un véritable alignement des planètes, c’est vrai, entre nos besoins d’augmenter les volumes de production et la possibilité d’acquérir ce site lui aussi chargé d’histoire. Il s’agit également d’un projet qui s’inscrit parfaitement dans les valeurs de l’entreprise, soucieuse de concevoir des produits de qualité, garantis à vie et respectueux de la santé des utilisateurs, tout en veillant à minimiser notre impact sur l’environnement. Ce dernier point tient d’ailleurs particulièrement à cœur à la troisième génération familiale active dans l’entreprise, désireuse de poursuivre les actions déjà menées dans ce sens, comme lorsque nous sommes devenus « Entreprise à mission » en 2021. Nos consommateurs y sont sensibles, tout comme les partenaires distributeurs avec lesquels nous travaillons.