En constituant une plateforme de producteurs régionaux, la PME bretonne a su tirer son épingle du jeu dans un marché en pleine recomposition. Un nouvel investissement de 10 millions d’euros sur cinq ans doit lui permettre de tracer son avenir, comme l’indique Clément Bedbeder, son président.
Votre entreprise regroupe aujourd’hui une centaine de personnes et affiche près de 32 millions d’euros de chiffre d’affaires. Comment êtes-vous parvenus à ce résultat ?
Fabulous French Brasseurs a été constitué en 2018, mais son histoire remonte à 1998 avec le lancement de la bière Britt par Brasserie de Bretagne. Grâce à une phase de développement assez rapide et des premières acquisitions conclues en 2002-2003, celle-ci s’était affirmée en tant que brasserie artisanale, alors que les consommateurs redécouvraient ces produits – après une longue période de contraction du marché depuis les années 1950. Et dans l’anticipation d’une concentration à venir, alors que l’on dénombrait quelque 2 500 établissements, il a été décidé de s’unir avec Brasserie artisanale du Sud (en Provence), Brasserie du Dauphiné (à Grenoble) et Brasserie de Vézelay (en Bourgogne). C’est à ce moment-là que j’ai rejoint le projet, après avoir mené précédemment ma carrière chez Heineken.
Notre objectif était clair : il s’agissait de structurer un ensemble unifié de brasseries artisanales capables de proposer aux distributeurs une offre clés en mains de bières locales, tout en nous appuyant sur une plateforme logistique centralisée pour devenir un de leurs interlocuteurs privilégiés. En effet, pour continuer de satisfaire les envies des clients, nous sommes persuadés qu’il est essentiel de maintenir la richesse du marché et une diversité de production, tout en étant capable d’assurer la qualité et la stabilité des produits proposés. Voilà pourquoi nous avons à cœur de préserver l’ancrage régional de nos brasseries : promouvoir et préserver le savoir-faire français passe par la préservation des sites de production régionaux.
Quel positionnement avez-vous retenu ?
Nous avons fait le choix d’aller sur les types de produits présents dans les paniers moyens du consommateur, comme les packs de six ou de douze bouteilles, par exemple. Nous privilégions également les achats locaux de matières premières comme le houblon ou l’orge, pour maintenir notre identité et nous distinguer des brasseurs industriels. Nous serons toujours plus chers qu’eux, mais nous devons veiller à ce que cet écart de prix demeure raisonnable… C’est pourquoi nous sommes très attentifs à nos coûts de production, avec notamment des sites de production automatisés.
Il faut tout de même noter que la guerre en Ukraine initiée en 2022 a sensiblement affecté à la hausse les coûts de production de l’ensemble du marché. Aujourd’hui, peu de brasseries ont d’ailleurs réussi à franchir le seuil des 5 000 hectolitres et du million d’euros de chiffre d’affaires… Mais pour ce qui nous concerne, nous affichons l’ambition d’accroître notre leadership en régions et de confirmer la percée de chacune de nos sept marques. Je suis persuadé que le marché français est en mesure de se structurer autour de ces axes-là. C’est en particulier dans cet objectif que nous avons notamment repensé le marketing autour de notre bière Sant Erwann depuis trois ans, avec l’ambition de la pousser à l’échelle nationale.
Cette stratégie est-elle nécessaire pour composer avec les coûts inhérents à vos différents sites de production régionaux ?
Il est évident qu’il faut réfléchir en permanence aux investissements à mener dans chacune de nos implantations, de sorte à gagner en compétences et d’optimiser notre organisation. A cette fin, nous avons établi un plan d’investissement de 10 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Et nous avons convaincu FrenchFood Capital que ce modèle d’investissement multisites est le bon, car il correspond à ce que l’on veut donner en termes d’image et de qualité de nos produits.
’est sur cette base qu’ils ont récemment finalisé leur entrée à notre capital, accompagnés de Bpifrance et de BNP Paribas Développement. Et grâce aux échanges que nous avons avec eux depuis novembre dernier, nous avons déjà mis en place des actions comme la constitution d’un board avec des profiles spécialisés en agroalimentaire, la structuration des réflexions sur notre stratégie RSE, etc. Et nous sommes en train de structurer un plan de recrutement, en particulier dans la fonction commerciale pour accompagner la montée en puissance de nos objectifs de vente.
A ce stade de notre développement, la présence de ces investisseurs professionnels à notre capital – aux côtés des historiques qui conservent 30 % des parts – constitue un véritable accompagnement, qui va au-delà du simple apport financier. Avec eux, nous sommes en train d’écrire une belle histoire.