En 2026, les risques climatiques, la perte de biodiversité et les perturbations des chaînes de valeur ne constituent plus des enjeux isolés. Ils doivent être appréhendés aux côtés d’autres facteurs stratégiques tels que les tensions géopolitiques, les enjeux liés à la sécurité énergétique, la fragmentation du commerce mondial et les conflits régionaux. Pour les entreprises internationales, la question n’est plus seulement de savoir si des risques liés au climat et à la nature existent, mais à quelle vitesse ils peuvent se traduire en retards opérationnels, volatilité des coûts, insuffisance de couverture d’assurance, exposition réglementaire et pression réputationnelle. La maîtrise de ces risques s’impose désormais comme une priorité stratégique majeure.
1. LE PAYSAGE ACTUEL DES RISQUES
Selon le service Copernicus sur le changement climatique , l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, et les aléas climatiques y deviennent plus fréquents et plus intenses. Les vagues de chaleur, sécheresses, inondations, incendies et tempêtes affectent de plus en plus les infrastructures, la productivité au travail, l’agriculture, la logistique et les systèmes énergétiques. Le continent fait face à des changements dans les régimes de précipitations et à des transformations des écosystèmes ; et les régions d’approvisionnement situées en Asie, en Afrique et dans les Amériques sont exposées à leurs propres combinaisons de stress thermique, pénurie d’eau, cyclones, incendies et érosion de la biodiversité.
Parallèlement, le contexte géopolitique actuel amplifie les risques physiques. L’instabilité persistante autour des principales routes commerciales et des marchés énergétiques peut renforcer les impacts liés au climat. Une inondation, une sécheresse ou la fermeture d’un port peut ainsi avoir des répercussions plus larges lorsque les itinéraires alternatifs sont déjà limités par des conflits, sanctions, barrières commerciales, risques sécuritaires ou capacités de transport insuffisantes.
2. RISQUES CLIMATIQUES : DES ÉVÉNEMENTS PHYSIQUES À L’INTERRUPTION D’ACTIVITÉ
La conséquence la plus immédiate des risques climatiques pour de nombreuses entreprises est l’interruption d’activité. Les phénomènes météorologiques extrêmes peuvent endommager les installations, perturber l’alimentation électrique, retarder les transports, réduire la disponibilité de la main‑d’œuvre et compromettre la capacité des fournisseurs à assurer leurs livraisons. Les sécheresses peuvent limiter la navigation sur des voies fluviales comme le Rhin et le Danube, tandis que les inondations et les tempêtes peuvent fermer des ports, endommager les routes et accentuer la congestion. Les vagues de chaleur peuvent réduire la productivité, augmenter les coûts de refroidissement et créer de nouvelles obligations en matière de santé et sécurité au travail.
L’exposition financière augmente également. Du côté des coûts, le risque d’une assurance plus chère, moins accessible ou assortie d’exclusions dans les zones à haut risque augmente. Du côté des investissements, les valorisations d’actifs, les tests de dépréciation et les plans de continuité peuvent être affectés par la récurrence des événements climatiques. Les entreprises doivent donc considérer les risques climatiques physiques non seulement comme des enjeux environnementaux, mais les intégrer pleinement dans leur cadre de gestion des risques en tant que risque stratégique, opérationnel et financier.
3. BIODIVERSITÉ : UN ENJEU DE DÉPENDANCE ET DE RÉSILIENCE
La perte de biodiversité est moins visible qu’une inondation ou un incendie, mais elle peut être tout aussi matérielle. Les entreprises dépendent de nombreux services écosystémiques : eau propre, sols fertiles, pollinisation, contrôle de l’érosion, ressources halieutiques, bois, fibres naturelles ou encore régulation du climat. La dégradation des écosystèmes peut ainsi affecter les rendements agricoles, la disponibilité des matières premières, la qualité de l’eau, la stabilité des constructions, la production alimentaire et la santé publique.
En Europe, l’état préoccupant de nombreux habitats et espèces renforce l’attention réglementaire et celle des marchés, notamment avec des dispositifs tels que le Règlement européen sur la déforestation (EUDR) et la Responsabilité élargie du producteur (EPR). Les entreprises doivent désormais répondre à des attentes plus élevées pour identifier leurs impacts, dépendances et risques liés à l’usage des terres, à l’eau, à la pollution, à la déforestation, à la dégradation des sols et aux écosystèmes marins. Cela concerne particulièrement les secteurs tels que l’alimentation, la distribution, la chimie, la construction, l’immobilier, le textile, la finance et l’industrie manufacturière, dont les intrants dépendent fortement de la nature ou présentent une empreinte élevée sur les terres et l’eau.
4. PERTURBATIONS DES CHAÎNES DE VALEUR : L’EFFET COMBINÉ
Ce qui est devenu évident ces dernières années, c’est que les événements climatiques, la perte de la biodiversité, les tensions géopolitiques, les restrictions commerciales, les pénuries de main‑d’œuvre, les incidents de cybersécurité et la volatilité des prix de l’énergie peuvent survenir simultanément. Une entreprise peut disposer d’un fournisseur direct dans un pays à faible risque mais tout en restant indirectement dépendante de matières premières, de composants, d’emballages, de routes logistiques ou de combustibles énergétiques provenant de régions à haut risque.
Pour les entreprises européennes, les principaux points de pression géographiques incluent les routes maritimes affectées par les tensions au Moyen‑Orient, les corridors énergétiques liés aux marchés mondiaux du carburant, les voies fluviales sensibles à la sécheresse, les régions agricoles exposées au climat et les pays fournisseurs de matières premières critiques. Les conséquences peuvent être multiples : allongement des délais, hausse des coûts de transport, ruptures de stock, insolvabilité de fournisseurs, litiges contractuels et baisse du niveau de service client.
5. LES ÉTAPES CLÉS POUR SE PRÉPARER DÈS AUJOURD’HUI
- Cartographier les dépendances critiques. Identifier les fournisseurs clés, les matières premières, les routes logistiques, les sites de production, les marchés et clients, en incluant lorsque possible les dépendances de rang 2 et 3.
- Évaluer l’exposition climatique physique. Examiner l’exposition aux inondations, vagues de chaleur, sécheresses, incendies, tempêtes et stress hydrique, tant au niveau des sites que des fournisseurs.
- Intégrer la biodiversité dans les analyses de risques. Prendre en compte les impacts et dépendances liés aux matières premières, à l’usage des terres, à l’eau, à la pollution, à la déforestation, à la santé des sols et à la dégradation des écosystèmes.
- Simuler des scénarios sur la chaîne de valeur. Modéliser des scénarios combinés tels qu’une sécheresse couplée à une congestion portuaire, un choc sur les prix de l’énergie associé à un retard fournisseur, ou une perturbation géopolitique combinée à un événement climatique extrême.
- Renforcer les mesures de résilience. Diversifier les sources d’approvisionnement, constituer des stocks stratégiques pour les intrants critiques, revoir les clauses contractuelles, actualiser les plans de continuité d’activité et engager les fournisseurs dans des mesures d’adaptation.
- Aligner gestion des risques et reporting. Relier l’analyse opérationnelle des risques avec le reporting de durabilité, les contrôles internes, la planification financière et la gouvernance.
6. IMPLICATIONS POUR LE REPORTING ET LA GOUVERNANCE
Dans un contexte où les attentes en matière de reporting de durabilité évoluent rapidement, les risques liés au climat et à la nature doivent être étayés par des éléments probants, une gouvernance solide et des liens explicites avec la stratégie. Les entreprises doivent documenter la méthodologie utilisée pour identifier les risques matériels, le périmètre géographique analysé, les hypothèses retenues dans les analyses de scénarios ainsi que les mesures mises en place pour atténuer ou adapter les expositions matérielles.
Les conseils d’administration et les comités d’audit doivent également veiller à ce que les risques climatiques, de biodiversité et de chaîne de valeur ne soient pas examinés isolément, mais que les instances de gouvernance assurent une articulation cohérente entre durabilité, achats, finance, juridique, opérations, assurance et gestion des risques d’entreprise.
L’ESSENTIEL À RETENIR
Les risques climatiques, la perte de biodiversité et les perturbations des chaînes de valeur convergent. Dans le contexte géographique actuel, la résilience dépend de la capacité à comprendre où l’entreprise opère, d’où elle s’approvisionne, sur quels écosystèmes et corridors logistiques elle repose, et dans quelle mesure les tensions géopolitiques peuvent amplifier les chocs environnementaux. Les entreprises qui agissent tôt peuvent réduire les perturbations, améliorer la qualité de leur reporting et renforcer durablement leur compétitivité.
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