Ces derniers mois, et encore aujourd’hui, la Belgique est frappée par des vagues de chaleur successives et des températures anormalement élevées et persistantes. Après une période 2023–2025 marquée par des records, la chaleur anticipée et prolongée de cette année confirme une tendance plus large : l’Europe entre dans un cycle récurrent de températures extrêmes qui transforme déjà le quotidien et les activités économiques.

À l’échelle du continent, la situation est tout aussi frappante. Selon le European State of the Climate 2025, l’Europe a connu sa deuxième vague de chaleur la plus sévère jamais enregistrée. La période 2023‑2025 a été marquée par de multiples épisodes intenses, avec des températures estivales dépassant fréquemment les 30°C, des nuits tropicales prolongées et des alertes répétées de stress thermique.

Ces phénomènes ne sont pas des anomalies isolées. Ils témoignent d’un continent qui se réchauffe plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale, comme le confirment Copernicus et la Commission européenne.
 

L’EUROPE SE RÉCHAUFFE PLUS VITE QUE LA MOYENNE MONDIALE

À l’échelle mondiale, 2025 s’impose comme la troisième année la plus chaude jamais enregistrée par rapport aux températures pré‑industrielles, prolongeant les chaleurs exceptionnelles observées en 2023 et 2024.

Mais l’Europe se réchauffe encore plus rapidement. Selon European State of the Climate 2025 par Copernicus, le rythme de réchauffement du continent dépasse désormais plus du double de la moyenne mondiale.
 



En 2025, presque l’ensemble du continent a enregistré des températures annuelles supérieures à la moyenne, et plusieurs pays d’Europe du Nord ont connu leur année la plus chaude ou la deuxième plus chaude jamais mesurée.




Une série d’indicateurs clés de 2025 met clairement en évidence l’ampleur et l’accélération de ce basculement climatique à l’échelle européenne :


 

AMBITION CLIMATIQUE CONFRONTÉE À LA RÉALITÉ POLITIQUE

Les politiques climatiques actuelles révèlent une trajectoire mondiale et européenne qui se renforce, mais qui demeure insuffisante pour maintenir le réchauffement dans les limites fixées par l’Accord de Paris.

Alors que l’Accord engage les pays à contenir la hausse des températures mondiales bien en dessous de 2°C et à poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5°C, les évaluations scientifiques récentes montrent que ce seuil est désormais dangereusement proche : le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) estime le réchauffement actuel à environ +1,4°C par rapport à l’ère pré‑industrielle, et les températures mondiales des trois dernières années ont dépassé +1,5°C, marquant la première période triennale au‑delà de ce seuil.

Sur la base du rythme de réchauffement observé au cours des trois dernières décennies, le seuil de +1,5°C pourrait être atteint avant 2030, soit plus d’une décennie plus tôt que ce qui était anticipé lors de l’adoption de l’Accord de Paris.
 


Les émissions de gaz à effet de serre (GES) constituent le principal moteur du réchauffement climatique, et leur réduction rapide et massive est indispensable pour stabiliser le climat et limiter toute hausse supplémentaire des températures.

Pour définir une trajectoire de décarbonation claire et juridiquement contraignante, la Loi européenne sur le climat a inscrit les objectifs du Pacte vert européen dans la législation de l’UE, établissant la trajectoire climatique globale de l’Union et fixant trois cibles majeures de réduction des émissions : 

  • Neutralité carbone en 2050
  • –90% de réduction nette des GES en 2040
  • –55% de réduction nette des GES en 2030

Selon l’évaluation de la Commission sur les Plans nationaux énergie‑climat (PNEC), l’UE est collectivement en voie d’atteindre environ –54 % d’émissions nettes en 2030, à condition que l’ensemble des mesures prévues soient pleinement mises en œuvre et rigoureusement suivies par les États membres.

Cependant, des écarts d’ambition persistent, en particulier dans les secteurs couverts par le Règlement sur la répartition de l’effort (ESR), transport, bâtiments, agriculture, petites industries et déchets, où les réductions projetées de –38 % restent légèrement en‑deçà de l’objectif de –40 %.

Du point de vue de la Belgique, le dernier PNEC reflète une ambition accrue, mais la Commission souligne que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour combler les écarts restants. La Belgique doit accélérer le déploiement des énergies renouvelables et renforcer les améliorations d’efficacité énergétique, car les trajectoires actuelles demeurent insuffisantes au regard des exigences européennes pour 2030. Le plan ne présente pas de feuille de route claire pour la suppression progressive des combustibles fossiles et ne fournit pas de trajectoires détaillées pour le développement des renouvelables. Les ambitions en matière d’efficacité énergétique restent également inférieures aux attentes de l’UE. La Belgique renforce sa sécurité énergétique via la diversification et le nucléaire, mais la Commission insiste sur l’importance d’une mise en œuvre effective, d’un suivi renforcé, et d’un soutien accru à l’innovation dans les technologies propres pour combler les écarts persistants.
 

UN NOUVEAU PAYSAGE DE RISQUES ET D’OPPORTUNITÉS POUR LES ENTREPRISES

Le réchauffement accéléré de l’Europe transforme profondément le contexte opérationnel des entreprises, les exposant à une nouvelle génération de risques et remettant en cause des hypothèses de longue date en matière de stabilité et de continuité.

  • Les risques physiques s’intensifient à mesure que les températures augmentent et que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents, perturbant la continuité des activités. Les vagues de chaleur réduisent la productivité du travail, sollicitent fortement les systèmes de refroidissement et d’énergie, et endommagent les actifs et les infrastructures. La raréfaction de l’eau et les chocs climatiques accroissent la volatilité opérationnelle et fragilisent la fiabilité des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les secteurs dépendants de conditions environnementales stables.
  • Les risques de transition augmentent à mesure que les entreprises font face à un durcissement des politiques climatiques, à l’évolution des standards de marché et à une pression croissante des investisseurs, des régulateurs, des clients et de la société. La hausse des coûts du carbone, les obligations de reporting et les transformations technologiques rapides créent des défis de conformité et une incertitude stratégique. Les parties prenantes attendent désormais des trajectoires de décarbonation crédibles, une gouvernance climatique transparente et des progrès tangibles, faisant de l’inaction une source de risque réputationnel et concurrentiel.

Cet environnement en mutation ne se limite toutefois pas aux risques : les entreprises peuvent également y voir un levier d’opportunités, en mobilisant l’action climatique pour innover, améliorer leur efficacité et renforcer leur positionnement stratégique.

  • Les opportunités climatiques se multiplient avec la hausse de la demande pour les technologies bas carbone, les solutions énergétiquement efficaces et les infrastructures résilientes au climat. Les entreprises qui investissent dans l’innovation, l’électrification, l’efficacité des ressources et l’adaptation renforcent leur compétitivité, réduisent leurs coûts à long terme et accèdent à de nouveaux marchés ainsi qu’à des financements durables. Une action climatique proactive améliore également la confiance des parties prenantes, l’attractivité des talents et le positionnement stratégique.
     

ADAPTATION ET ATTÉNUATION : UN IMPÉRATIF STRATÉGIQUE

À mesure que l’Europe entre dans un nouveau régime climatique, l’adaptation et l’atténuation deviennent des impératifs stratégiques pour les entreprises. Au‑delà de la protection des opérations, ces mesures ont des implications financières majeures, influençant l’allocation du capital, les conditions d’assurance, la valorisation des actifs et la planification des investissements à long terme. Dans ce contexte en évolution, les entreprises doivent s’appuyer sur des scénarios climatiques robustes, des plans de transition crédibles et une gouvernance climatique renforcée pour anticiper les risques croissants et saisir les opportunités émergentes.

  • L’adaptation désigne les mesures prises par les entreprises pour s’ajuster aux impacts du changement climatique. La hausse des températures et l’intensification des extrêmes hydrologiques exigent des investissements dans des infrastructures résilientes au climat, des solutions de rafraîchissement urbain, des systèmes efficaces en eau et résistants à la sécheresse, ainsi que des dispositifs de gestion du stress thermique pour les travailleurs (pour plus de détails sur ce sujet, consulter notre article : Travailler dans un monde plus chaud : Comment protéger les travailleurs des dangers climatiques). Les solutions fondées sur la nature, telles que la protection côtière ou la restauration de la biodiversité, jouent également un rôle croissant pour sécuriser les opérations et réduire l’exposition aux risques physiques. Une adaptation efficace diminue la volatilité opérationnelle, protège les actifs et limite les pertes financières futures.
  • L’atténuation vise principalement à réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie afin de limiter le réchauffement futur et la gravité des impacts climatiques à long terme. Les entreprises doivent accélérer le déploiement des énergies renouvelables, électrifier les transports et les procédés industriels, développer les technologies bas carbone, améliorer l’efficacité énergétique et renforcer les réseaux et capacités de stockage. L’atténuation est de plus en plus liée aux attentes réglementaires, à la vigilance des investisseurs et à la compétitivité des marchés, faisant des plans de transition alignés sur la science, assortis d’actions, d’investissements et d’indicateurs clairs, un impératif stratégique pour la création de valeur à long terme.

La gouvernance climatique devient un pilier central de la stratégie des entreprises, garantissant que l’adaptation et l’atténuation ne soient pas traitées comme des initiatives isolées, mais intégrées au cœur des processus de décision, de l’allocation du capital et de la gestion des risques d’entreprise. Un cadre de gouvernance robuste fournit la structure nécessaire pour transformer l’ambition en progrès mesurable, grâce à des systèmes de suivi dédiés, des indicateurs de performance et des mécanismes de reporting transparents permettant de suivre les performances dans le temps et de soutenir l’amélioration continue. À mesure que les attentes des investisseurs, des régulateurs, des clients et de la société s’intensifient, les entreprises doivent démontrer une supervision solide et des résultats tangibles. Dans une Europe en réchauffement, une gouvernance climatique efficace devient un déterminant essentiel de la compétitivité, de la résilience et de la création de valeur à long terme.
 

PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS

Le climat européen se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale, transformant les conditions dans lesquelles les entreprises opèrent et amplifiant à la fois les risques physiques et les risques de transition. Dans ce paysage en évolution, les mesures d’adaptation et d’atténuation deviennent un impératif stratégique.

Les entreprises qui anticipent ces évolutions, en renforçant leur résilience, en s’alignant sur des trajectoires de décarbonation et en intégrant les enjeux climatiques dans la gouvernance et la prise de décision, seront mieux positionnées pour préserver la performance, assurer la continuité et saisir les opportunités émergentes. Celles qui tardent s’exposeront à une hausse des coûts, à une vulnérabilité accrue face aux perturbations climatiques et à une intensification des pressions réglementaires et des attentes des parties prenantes.


Si vous souhaitez renforcer votre stratégie climatique, notre équipe peut vous accompagner dans cette démarche et vous apporter l’expertise nécessaire pour avancer avec assurance.